Créole mauricien : 50 mots et expressions essentiels

Le créole mauricien : bien plus qu’un français déformé

Le créole mauricien (Kreol Morisien) est la langue que tout le monde parle à Maurice. Pas l’anglais (langue officielle sur le papier), pas le français (langue de la presse et des affaires). Le créole. C’est la langue du marché, du taxi, du voisin, du plombier et du dholl puri du dimanche matin.

Si vous vous installez à Maurice ou si vous y passez plus de deux semaines, quelques mots de créole changeront radicalement vos interactions. Les Mauriciens apprécient l’effort, même maladroit, et ça ouvre des portes qu’aucun guide touristique ne mentionne.

Les bases : origines et prononciation

Le créole mauricien est né au XVIIIe siècle, quand l’île était une colonie française. Il est construit sur une base lexicale française (environ 85 % du vocabulaire), avec des influences du malgache, du tamoul, du hindi, du bhojpuri, de l’anglais et du portugais.

Quelques règles de prononciation :

  • Le « r » est souvent adouci ou supprimé : « mersi » (merci), « bonzour » (bonjour)
  • Le « j » se prononce « z » : « zordi » (aujourd’hui), « zoli » (joli)
  • Le « ch » se prononce « s » : « ser » (cher)
  • Les nasales françaises sont simplifiées : « enn » (un), « mo » (mon/je), « ou » (vous/tu)
  • L’article défini français a disparu ou s’est intégré au mot : « dilo » (de l’eau), « dipin » (du pain), « difé » (du feu)

Le créole n’a pas de conjugaison complexe. Le verbe ne change pas de forme. Le temps est marqué par des particules : « mo manzé » (je mange / j’ai mangé), « mo pé manzé » (je suis en train de manger), « mo pou manzé » (je vais manger).

Les 50 mots et expressions à connaître

Salutations et politesse

1. Bonzour (bon-zour) : Bonjour. Fonctionne toute la journée.

2. Bonswar (bon-swar) : Bonsoir. À partir de 17h environ.

3. Ki manyer ? (ki ma-nyé) : Comment ça va ? C’est LA question que tout le monde pose, tout le temps.

4. Mo bien, mersi (mo byin, mèr-si) : Je vais bien, merci. La réponse standard.

5. Salam (sa-lam) : Au revoir. Utilisé par tout le monde, pas seulement la communauté musulmane.

6. Siouplé (siou-plé) : S’il vous plaît.

7. Mersi bokou (mèr-si bo-kou) : Merci beaucoup.

8. Sori (so-ri) : Pardon / Excusez-moi. Emprunté à l’anglais « sorry ».

9. Péna problem (pé-na pro-blèm) : Pas de problème / De rien. Vous l’entendrez cinquante fois par jour.

10. Bon vini (bon vi-ni) : Bienvenue.

Se présenter et comprendre

11. Mo apel… (mo a-pèl) : Je m’appelle…

12. Kouma ou apelé ? (kou-ma ou a-pé-lé) : Comment vous appelez-vous ?

13. Mo enn Fransé (mo èn fran-sé) : Je suis Français(e).

14. Mo pa konpran (mo pa kon-pran) : Je ne comprends pas.

15. Ou kozé fransé ? (ou ko-zé fran-sé) : Vous parlez français ? Utile pour vérifier avant de se lancer.

16. Dousman (dous-man) : Doucement / Lentement. Demandez-le quand quelqu’un parle trop vite.

Au quotidien

17. Wi (wi) : Oui.

18. Non (non) : Non. Facile.

19. Korek (ko-rèk) : OK / Correct / Ça marche. Omniprésent.

20. Ayo ! (a-yo) : Exclamation de surprise, de douleur ou d’exaspération. L’équivalent d’un « aïe ! » ou « oh là là ! ».

21. Mari ! (ma-ri) : Très / Super / Trop. Rien à voir avec le mariage. « Mari bon » = très bon. « Mari zoli » = très beau.

22. Serye (sèr-yé) : Cool / Super. « Serye net » = carrément génial.

23. Nissa (ni-sa) : Sympa / Agréable. « Sa baz la mari nissa » = cet endroit est vraiment chouette.

24. Mo anvi… (mo an-vi) : J’ai envie de… / Je voudrais…

25. Mo bizin… (mo bi-zin) : J’ai besoin de…

Se déplacer

26. Ki koté ? (ki ko-té) : Où ? « Ki koté lopital ? » = Où est l’hôpital ?

27. Loto (lo-to) : Voiture. Pas la loterie.

28. Bis (bis) : Bus.

29. Drwat (drwat) : Tout droit.

30. A gos / A drwat (a gos / a drwat) : À gauche / À droite.

31. Pré (pré) : Près. « Li pré isi » = C’est près d’ici.

32. Lwen (lwèn) : Loin.

Manger et boire

33. Mo lafen (mo la-fèn) : J’ai faim.

34. Mo swaf (mo swaf) : J’ai soif.

35. Manzé (man-zé) : Manger / Nourriture.

36. Dilo (di-lo) : Eau.

37. Dité (di-té) : Thé. À Maurice, le thé se boit sucré et avec du lait. Précisez « san disik » (sans sucre) si nécessaire.

38. Labier (la-byèr) : Bière. Phoenix, la marque locale, est la plus populaire.

39. Bon lapeti (bon la-pé-ti) : Bon appétit.

40. Manzé ti byen bon ! (man-zé ti byèn bon) : C’était délicieux ! Dites-le au cuisinier, il sera ravi.

41. San for (san for) : Sans piment / Pas épicé. Crucial si vous ne supportez pas le piment mauricien (qui est sérieusement piquant).

Faire ses courses et négocier

42. Komié ? (ko-myé) : Combien ? Au marché, c’est le premier mot à connaître.

43. Tro ser (tro sèr) : Trop cher.

44. Ou kapav bes pri ? (ou ka-pav bès pri) : Vous pouvez baisser le prix ? Fonctionne au marché, pas au supermarché.

45. Kas (kas) : Argent. « Mo péna kas » = Je n’ai pas d’argent (utile pour esquiver les vendeurs insistants).

Urgences et problèmes

46. Ed mwa ! (èd mwa) : Aidez-moi !

47. Mo pa bien (mo pa byèn) : Je ne me sens pas bien.

48. Lopital (lo-pi-tal) : Hôpital.

49. Lapolis (la-po-lis) : Police.

50. Danzé (dan-zé) : Danger.

Les expressions qui font la différence

Au-delà des mots de base, ces expressions vous feront passer du statut de touriste à celui de quelqu’un qui fait l’effort :

Kas enn poz : Se détendre, se poser. « Vini kas enn poz ar nou » = Viens te poser avec nous.

Ki rol ? : Quoi de neuf ? / C’est quoi le programme ? Très utilisé entre amis.

Trannsink : Le nombre 35, mais en argot, ça désigne une femme ou une petite amie. Un sourire garanti si vous le placez.

Batiara : Bouffon, idiot. À utiliser entre amis, évidemment.

Tipa tipa : Petit à petit, doucement. La philosophie mauricienne résumée en deux mots.

Dan vye karay ki fer meyer kari : C’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleurs currys. L’équivalent mauricien du proverbe français sur les meilleures soupes.

Dife dan kann : Littéralement « feu dans la canne à sucre ». Signifie gros problèmes, ça chauffe.

Rod lipou poul : Chercher des poux à une poule. L’équivalent de « chercher la petite bête ».

Bav dan minn : Littéralement « baver dans les nouilles ». Signifie déranger, embêter quelqu’un. Les mine (nouilles) sont un plat d’origine chinoise omniprésent à Maurice.

Mo bann : Mes gens, mes semblables. Un terme d’affection pour désigner son groupe.

Les chiffres en créole

Enn (1), dé (2), trwa (3), kat (4), sink (5), sis (6), set (7), wit (8), nef (9), dis (10).

Ven (20), trant (30), karant (40), senkant (50), swasant (60), san (100).

Au marché, vous entendrez : « Sink roupi » (5 roupies), « Senkant roupi » (50 roupies), « San roupi » (100 roupies).

Les jours de la semaine

Lendi, mardi, merkrési, zédi, vandredi, samdi, dimans. Assez transparent pour un francophone.

Pourquoi apprendre le créole change tout

Techniquement, vous pouvez vivre à Maurice sans un mot de créole. Le français est compris partout, l’anglais dans la plupart des contextes professionnels.

Mais le créole, c’est la langue du cœur à Maurice. Quand vous commandez votre roti en créole au snack du coin, le vendeur sourit. Quand vous dites « mersi bokou » au chauffeur de taxi au lieu de « merci beaucoup », quelque chose change dans la relation. Quand vous lancez un « ki manyer ? » au gardien de votre immeuble, vous passez de « l’étranger du troisième » à « celui qui fait l’effort ».

Maurice est une île où les langues coexistent sans hiérarchie officielle mais avec des codes sociaux subtils. Le créole, c’est le liant. C’est la langue qui traverse toutes les communautés, toutes les ethnies, toutes les classes sociales. L’apprendre, même partiellement, c’est montrer que vous ne venez pas juste profiter du climat et de la fiscalité, mais que vous voulez comprendre le pays.

Et honnêtement, pour un francophone, c’est la langue étrangère la plus facile au monde. Vous comprenez déjà 70 % du vocabulaire. Le reste, c’est de l’oreille et de la pratique. Tipa tipa, comme disent les Mauriciens.