Tourisme à Maurice en 2025 : bilan record et perspectives pour 2026
En 2025, l’île Maurice a franchi un cap qu’elle n’avait jamais atteint. Avec 1 440 000 touristes accueillis sur l’année, l’île dépasse pour la première fois son précédent record absolu, établi en 2018 à 1 399 408 visiteurs. Une progression de 3,9 % par rapport à 2024, dans un contexte mondial où les destinations insulaires se livrent une concurrence intense. Ce n’est pas un chiffre de propagande touristique: c’est ce que publie Statistics Mauritius, l’office national des statistiques, sur la base des entrées officielles à l’aéroport et au port.
Si vous réfléchissez à venir à Maurice, ou si vous vous demandez si l’île mérite encore sa réputation face à des destinations concurrentes moins chères, ces chiffres racontent quelque chose d’important: Maurice attire, résiste, et progresse. Voici pourquoi, et ce que l’on peut en attendre pour les prochaines années.
La progression année par année: de l’effondrement au record
Pour comprendre l’ampleur du record 2025, il faut remettre les chiffres en perspective. Le tourisme mauricien a traversé une décennie marquée par une croissance régulière, un effondrement brutal, puis une remontée spectaculaire.
- 2018: 1 399 408 visiteurs: record historique de l’époque
- 2019: 1 383 488 visiteurs: légère baisse (-1,1 %)
- 2020: 308 980 visiteurs: effondrement de 77,7 % dû à la fermeture des frontières liée au Covid-19
- 2021: quelques milliers: Maurice reste fermée la majeure partie de l’année
- 2022: reprise progressive, environ 900 000 visiteurs
- 2023: 1,3 million de visiteurs: retour aux niveaux pré-pandémie
- 2024: environ 1,38 million de visiteurs
- 2025: 1 440 000 visiteurs: nouveau record absolu
Ce qui frappe, c’est la vitesse du rétablissement. En 2023, les recettes touristiques dépassaient déjà de 36 % les chiffres de 2019, alors même que le nombre de visiteurs n’avait pas encore retrouvé son niveau pré-pandémique. Autrement dit, les touristes qui revenaient dépensaient davantage. La montée en gamme de l’offre mauricienne a fonctionné.
* Estimations. Sources: Statistics Mauritius, Tourism Analytics
D’où viennent les visiteurs?
La France reste de loin le premier marché source de Maurice. En 2025, 337 000 Français ont visité l’île, soit près d’un visiteur sur quatre. Ce chiffre est en légère hausse par rapport aux 302 000 de 2019, ce qui confirme la solidité du lien France-Maurice malgré la concurrence des destinations long-courriers françaises.
Le top 5 des marchés en 2025:
- France: 337 000 visiteurs (1er marché)
- Royaume-Uni: 155 000 visiteurs (2e marché)
- La Réunion: 145 000 visiteurs (comptabilisée séparément, représente 10 % du total)
- Allemagne: 122 000 visiteurs (4e marché)
- Afrique du Sud: 110 000+ visiteurs (5e marché)
L’Europe dans son ensemble représente environ 64 % des arrivées, une domination qui se maintient d’année en année. Le marché indien affiche une croissance impressionnante: selon le MTPA, l’Inde a enregistré 75 808 arrivées en 2025, soit une hausse de 35 % par rapport à 2024, la meilleure performance de croissance parmi les grands marchés. L’essor des liaisons directes depuis Mumbai, Delhi, Chennai et Bengaluru, combiné aux partenariats signés avec IndiGo et MakeMyTrip, place l’Inde comme l’un des marchés à surveiller de très près pour 2026.
La Chine, qui pesait 42 740 visiteurs en 2019, n’a pas encore retrouvé ses niveaux historiques. C’est l’un des potentiels de rattrapage les plus importants pour les prochaines années: si le marché chinois revenait à ses niveaux d’avant-pandémie, cela représenterait plusieurs dizaines de milliers de visiteurs supplémentaires par an.
Source: Statistics Mauritius 2025 / Le Quotidien de La Réunion
Ce que le tourisme rapporte à Maurice
Le tourisme est, sans ambiguïté, le moteur principal de l’économie mauricienne. Les chiffres 2025 l’illustrent clairement.
Rs 103,4 milliards de recettes
En 2025, les recettes touristiques atteignent Rs 103,4 milliards, soit plus de 1,8 milliard d’euros (environ 2,1 milliards de dollars américains). C’est la première fois que Maurice franchit le cap des 100 milliards de roupies en recettes touristiques annuelles, une étape symbolique pour l’économie de l’île.
Pour donner une idée de l’ampleur: en 2023, lorsque les recettes s’élevaient à Rs 88,7 milliards, le secteur représentait déjà 13,6 % du PIB mauricien, qui était alors de Rs 651,7 milliards ($13,85 milliards). Avec la hausse des recettes en 2024 et 2025, l’OCDE estimait en fin 2024 que le tourisme représentait environ 13,5 % du PIB, ce qui en fait l’un des secteurs les plus importants de l’économie.
40 % des recettes en devises étrangères
Le tourisme génère environ 40 % des entrées de devises étrangères à Maurice. C’est ce qui explique pourquoi le gouvernement et le secteur privé investissent autant dans l’image et la connectivité aérienne de l’île: chaque touriste supplémentaire rapporte de l’argent frais dans une économie insulaire qui, comme toutes les îles, importe beaucoup.
Des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects
L’hôtellerie, la restauration, le transport, l’artisanat, les activités nautiques, les agences de location, les guides: le tourisme est l’un des plus gros employeurs privés de l’île. La montée en puissance des locations alternatives (villas, appartements) a encore élargi ce cercle d’emplois, car ces visiteurs dépensent davantage dans l’économie locale que les touristes en pension complète à l’hôtel.
L’essor des hébergements alternatifs: villas, appartements, locations saisonnières
L’une des transformations les plus significatives du tourisme mauricien ces dernières années, c’est la montée en puissance des hébergements hors-hôtels. Entre 20 et 25 % des visiteurs optent désormais pour une villa privée, un appartement ou une location saisonnière plutôt qu’un hôtel classique.
Les chiffres sont instructifs:
- Un touriste en hôtel reste en moyenne 9,1 nuits et dépense Rs 81 300 au total (~€1 490)
- Un touriste en location privée reste en moyenne 15 nuits et dépense Rs 39 600 au total (~€726)
À première vue, le touriste en hôtel semble plus rentable. Mais ce n’est pas si simple. Le touriste en location saisonnière, parce qu’il reste plus longtemps et sort davantage, génère un effet multiplicateur environ deux fois plus fort sur l’économie locale. Il déjeune au restaurant du village, loue une voiture, achète au marché, fait appel à un guide local. L’argent circule dans l’économie réelle plutôt que de rester confiné dans un resort tout compris.
Source: Statistics Mauritius / Travel and Tour World, février 2026
Le secteur des hébergements alternatifs génère déjà environ Rs 20 milliards par an et reste largement sous-exploité: le taux d’occupation n’est que de 45,6 %, contre 84 % pour les hôtels. Il y a actuellement 8 131 chambres disponibles dans ce segment, mais seulement environ 171 000 visiteurs y séjournent chaque année, laissant une capacité théorique de 376 000 visiteurs par an. Le gouvernement a pris note de ce potentiel et travaille à simplifier les procédures administratives pour les propriétaires souhaitant louer légalement.
Ce que dit le Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA)
L’organisme officiel de promotion du tourisme mauricien, le MTPA, ne se contente pas de constater les records. Il déploie une stratégie active pour les dépasser.
En février 2026, lors du salon OTM à Mumbai, la délégation mauricienne conduite par le président du MTPA, Dinesh Burrenchobay, et le directeur Benoît Harter, a présenté un plan ambitieux pour le marché indien. La croissance des arrivées indiennes en 2025 parle d’elle-même: 75 808 visiteurs indiens, soit une hausse de 35 % par rapport à 2024. Le MTPA vise désormais à faire passer l’Inde de sa position actuelle de cinquième marché source à l’un des quatre premiers.
Le ministre du Tourisme, Hon. Christian Harold Richard Duval, a déclaré à cette occasion:
« L’Inde reste une priorité absolue dans notre stratégie de croissance touristique. En renforçant nos corridors aériens et en favorisant des collaborations plus étroites avec les partenaires commerciaux indiens, nous nous assurons que Maurice reste un choix naturel et privilégié pour les voyages de loisirs, d’affaires et les célébrations. »
De son côté, le président du MTPA a ajouté:
« La croissance de 35 % des arrivées touristiques indiennes en 2025 témoigne de l’approfondissement des liens entre nos deux nations et de la façon dont l’augmentation de la capacité aérienne a porté ses fruits. Maurice est une destination rare où la beauté de plusieurs continents se retrouve sur une seule île. »
Le MTPA a signé des protocoles d’accord avec IndiGo, MakeMyTrip et Thomas Cook Inde, avec pour objectif de simplifier l’accès à Maurice depuis les villes de tier 2 et tier 3 en Inde, un vivier considérable de nouveaux voyageurs. La stratégie intègre également des axes moins traditionnels: tourisme MICE (congrès, incentives), bien-être, golf, et tourisme spirituel et culturel, en lien avec les nombreux temples et lieux de culte mauriciens qui font écho à la culture indo-mauricienne.
Maurice a reçu le prix « Luxury Island Tourism Award » au salon OTM 2026, récompensant sa capacité à proposer des expériences haut de gamme adaptées aux attentes des voyageurs modernes.
Du côté de l’AHRIM (Association des Hôteliers et Restaurateurs), le président Jocelyn Kwok juge que 2026 devra être l’année de la « consolidation » et de l’« innovation ». L’enjeu n’est plus seulement d’attirer plus de touristes, mais de mieux les accueillir, de diversifier les offres et d’éviter la surchauffe de certaines zones côtières très prisées.
L’OCDE, dans son rapport économique de fin 2024, soulignait que les recettes touristiques avaient atteint environ 13,5 % du PIB, un niveau comparable à celui des destinations insulaires les plus dépendantes du tourisme en Europe méditerranéenne. Décembre 2025 a été le mois record avec environ 161 000 entrées. Février et juin restent sous les 100 000 visiteurs, ce qui souligne l’enjeu de développer le tourisme hors-saison.
Airbnb et les plateformes de location: un marché en pleine expansion
La montée en puissance des hébergements alternatifs n’est pas un phénomène générique. Elle est en grande partie portée par les plateformes numériques de location courte durée, Airbnb en tête, auxquelles s’ajoutent Booking.com, Vrbo et les agences locales spécialisées.
Les chiffres sont précis: fin 2025, Mauritius compte 4 607 annonces actives sur Airbnb, avec des données de performance solides:
- Taux d’occupation moyen: 66 %, nettement supérieur à la moyenne du secteur non-hôtelier (45,6 % selon Statistics Mauritius), ce qui montre que les propriétés bien référencées sur les plateformes performent bien mieux que l’ensemble du parc
- Tarif journalier moyen: Rs 4 364 (~96 USD / ~88 EUR) par nuit
- Revenu annuel moyen par hôte: Rs 989 000 (~21 000 USD / ~19 000 EUR) par an
- Revenu mensuel moyen: Rs 82 418 (~1 810 USD)
- Croissance annuelle des revenus: +3,84 %
- Saison la plus rentable: octobre et novembre, suivi de décembre
- Maurice se classe dans le top 18 % des marchés d’Afrique subsaharienne pour le revenu et le tarif journalier, et dans le top 11 % pour le taux d’occupation
Louer à Maurice: la réglementation
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer pour une petite île, la réglementation mauricienne des locations touristiques de courte durée est formalisée. Toute location de bungalow, villa, appartement ou guesthouse à des fins touristiques requiert une licence délivrée par la Mauritius Tourism Authority (MTA). Sans cette licence, la location est illégale, même si elle est affichée sur Airbnb ou Booking.com.
Les démarches incluent notamment une inspection du bien, une conformité aux normes de sécurité incendie, et l’enregistrement de l’activité commerciale auprès du Registrar of Companies. Les revenus générés sont soumis au taux d’imposition flat mauricien de 15 %, déclaré à la Mauritius Revenue Authority (MRA).
La loi mauricienne est considérée comme relativement souple comparée à d’autres destinations: il n’existe pas de plafond légal sur le nombre de nuits de location annuelle (comme les 90 jours imposés à Paris ou Amsterdam), et les restrictions sur le type de propriété sont limitées. C’est l’une des raisons pour lesquelles le secteur croît rapidement.
Le débat: Airbnb contre l’hôtellerie traditionnelle?
La coexistence entre le secteur hôtelier traditionnel et les plateformes de location n’est pas sans tension. Les hôteliers mauriciens soulèvent régulièrement la question de la concurrence déloyale: un propriétaire qui loue sa villa sur Airbnb ne supporte pas les mêmes contraintes réglementaires, fiscales ou salariales qu’un hôtel homologué. Le gouvernement a pris note de ce débat et travaille à clarifier le cadre réglementaire du secteur non-hôtelier, notamment à travers l’association nationale des locations touristiques qui a établi un bureau permanent auprès du ministère du Tourisme.
Pour le visiteur, la coexistence est en revanche un avantage: elle crée un éventail d’options beaucoup plus large, des villas privées avec piscine dans les collines de Tamarin aux appartements à deux pas de la plage à Grand-Baie, à des prix très différents de ceux affichés dans les catalogues d’hôtels.
Et pour 2026 et au-delà?
Les acteurs du tourisme mauricien lorgnent désormais sur 1,5 million de visiteurs en 2026. L’objectif n’est pas officiel, mais il circule dans les couloirs du secteur. Est-il réaliste?
Plusieurs facteurs jouent en faveur de cet objectif:
- De nouvelles liaisons aériennes: Corsair ouvre la desserte Toulouse-Maurice à partir de juin 2026. Air Mauritius ajoute un troisième vol hebdomadaire depuis Perth dès juillet 2026. Emirates introduit la Premium Economy sur la liaison Dubaï-Maurice à partir du 29 mars. Vous pouvez suivre le détail des annonces dans notre article sur les nouvelles liaisons aériennes vers Maurice en 2026. Chaque nouvelle liaison crée de nouveaux bassins de voyageurs.
- La montée en puissance des locations alternatives: Avec un meilleur marketing et quelques améliorations de services, le secteur pourrait attirer 100 000 visiteurs supplémentaires, générant Rs 4 milliards de recettes additionnelles.
- Le rattrapage de certains marchés: La Chine n’a pas retrouvé ses niveaux de 2019. L’Inde progresse mais dispose encore d’une marge de croissance importante. Ces deux marchés représentent un potentiel de dizaines de milliers de visiteurs supplémentaires par an.
- La concurrence régionale reste limitée: Les Maldives (2,25 millions de touristes en 2025) et le Sri Lanka (2,3 millions) sont nettement au-dessus en volume, mais se positionnent différemment. Maurice reste la destination haut de gamme de référence dans l’océan Indien pour la clientèle européenne et africaine.
Sur le moyen terme, le World Travel and Tourism Council (WTTC) prévoit que le secteur du voyage et du tourisme à Maurice continuera de croître en proportion du PIB jusqu’à la fin de la décennie, porté par la diversification des offres et l’amélioration des infrastructures aéroportuaires.
Ce que ces chiffres signifient concrètement pour vous
Si vous planifiez un séjour à Maurice, voici ce que ces tendances changent en pratique:
- La haute saison est de plus en plus chargée. Décembre et janvier sont les mois où les prix des vols et des hébergements atteignent leur maximum. Pour comparer les compagnies et routes actives avant de réserver, consultez notre guide des vols vers Maurice en 2026. Les mois de juin et septembre offrent des tarifs nettement plus abordables, un temps doux, et moins de monde dans les restaurants et sur les plages.
- Les villas et locations offrent souvent le meilleur rapport qualité-prix pour un séjour de deux semaines ou plus. Un groupe de 4 à 6 personnes dans une villa privée avec piscine revient souvent moins cher qu’un hôtel 4 étoiles équivalent, avec en prime la liberté de manger où et quand vous voulez.
- Les nouvelles liaisons élargissent vos options de départ. Si vous êtes dans le sud-ouest de la France, la nouvelle ligne Corsair depuis Toulouse (dès juin 2026) vous évite le transit parisien. Si vous venez d’Australie, le troisième vol Perth-Maurice (dès juillet 2026) donne plus de flexibilité sur les dates.
- La destination reste compétitive. À 37–45 % moins chère que la France ou l’Allemagne pour le coût de la vie quotidienne, Maurice offre une qualité d’hébergement, de cuisine et d’expérience qui justifie le prix du vol. Les chiffres de fréquentation record ne sont pas le fruit d’une bonne campagne de communication. Ils reflètent une destination qui tient ses promesses.
En 2025, 1 440 000 voyageurs ont fait le choix de Maurice. Les chiffres pour 2026 seront connus début 2027. Mais d’ores et déjà, les indicateurs disponibles (nouvelles liaisons, demande en hausse, secteur hors-hôtel en développement) pointent dans la même direction.
