Témoignage : première année en famille à Maurice
« On a tout quitté pour Maurice » : notre première année en famille
Ce témoignage est fictif mais construit à partir de dizaines de récits réels d’expatriés francophones à Maurice. Les situations, les montants et les galères sont authentiques, seuls les prénoms ont été inventés.
Le contexte : deux enfants, un CDI sacrifié, un container
Nous, c’est Julien, 41 ans, consultant en cybersécurité, et Sophie, 38 ans, graphiste freelance. Nos enfants : Léo, 9 ans, et Clara, 6 ans. Avant Maurice, on vivait à Toulouse. Pavillon avec jardin, école publique correcte, week-ends au Capitole.
L’idée de Maurice a germé pendant le Covid. Julien bossait déjà en full remote. Sophie avait ses clients en ligne. On s’est dit : si on peut travailler de n’importe où, pourquoi pas d’un endroit où les enfants jouent dehors en décembre ?
On a débarqué le 15 août 2025, avec deux valises chacun, un container en route, et un Premium Visa d’un an pour tester avant de s’engager.
Mois 1-2 : l’euphorie et les galères logistiques
Les deux premières semaines, c’est magique. Airbnb à Flic en Flac, plage tous les soirs, les enfants qui ramassent des coquillages au coucher du soleil. On se regarde et on se dit qu’on a fait le bon choix.
Puis la réalité administrative débarque.
Trouver un logement longue durée prend trois semaines. Les annonces en ligne sont souvent obsolètes ou les prix gonflés pour les étrangers. On visite une dizaine de maisons. La première est humide. La deuxième a des problèmes d’eau. La troisième est parfaite mais le propriétaire veut un an de loyer d’avance. On finit par trouver une maison à Tamarin : 3 chambres, petit jardin, pas de piscine, 55 000 MUR par mois (environ 1 100 €). C’est correct.
Le container met deux mois à arriver. La douane retient certains cartons pour inspection. On récupère nos affaires fin octobre, soit dix semaines après notre arrivée. Pendant ce temps, les enfants dorment sur des matelas de location.
Le budget du déménagement
- Container 15 m³ Toulouse-Maurice : 4 200 €
- Assurance transport : 350 €
- Dédouanement et transitaire local : 900 €
- Airbnb temporaire (5 semaines) : 2 800 €
- Location voiture (2 mois avant achat) : 1 400 €
Total phase d’installation : environ 9 650 €, sans compter le loyer qui démarre en parallèle.
Mois 3-4 : l’école, la voiture, le quotidien
Les enfants entrent dans une école internationale côté Ouest. Les frais : 380 000 MUR par an pour Léo, 320 000 MUR pour Clara. Soit environ 14 000 € par an pour les deux. C’est le poste qui fait le plus mal au budget.
L’intégration des enfants se passe mieux que prévu. Le français est la langue de cour de récré, même dans les écoles anglophones. Clara se fait une copine dès la première semaine. Léo met un peu plus de temps, mais le foot arrange tout.
On achète une voiture d’occasion : une Toyota Vitz de 2018, 450 000 MUR (environ 9 000 €). C’est cher pour ce que c’est, mais le marché de l’occasion à Maurice est limité et les prix sont gonflés. Le permis international suffit les six premiers mois, ensuite il faut convertir le permis français.
Sophie découvre que le wifi à Tamarin est capricieux. La fibre est disponible, mais les coupures arrivent. Pour son travail de graphiste avec des fichiers lourds, c’est stressant. On finit par prendre un backup 4G chez Emtel en plus de la fibre my.t.
Mois 5-6 : la baisse de moral
Vers novembre, la courbe d’euphorie s’inverse. C’est classique en expatriation, mais on ne s’y attendait pas.
Sophie pleure un mardi soir parce que le camembert au Super U coûte 480 MUR (9,50 €) et qu’il n’a pas le goût du camembert. Julien s’énerve contre le plombier qui ne vient pas trois fois de suite. Les enfants commencent à réclamer leurs copains de Toulouse.
Le plus dur : la solitude. À Toulouse, on avait quinze ans de réseau social. Ici, on part de zéro. On rejoint un groupe Facebook d’expatriés, on va à deux apéros, on échange des numéros. Mais transformer des connaissances en vrais amis prend du temps.
Sophie commence un cours de yoga à Tamarin, ce qui l’aide. Julien rejoint un groupe de running le samedi matin sur la plage de La Preneuse. Petit à petit, des liens se tissent.
Mois 7-8 : on trouve notre rythme
Après six mois, un déclic. On arrête de comparer avec la France. On commence à vivre « à la mauricienne » : marché de Quatre-Bornes le jeudi pour les fruits et légumes (on remplit deux sacs pour 300 MUR), dholl puri du dimanche matin, randonnée au Morne le week-end.
Les enfants sont métamorphosés. Léo fait du kayak. Clara parle un mélange de français, d’anglais et de quelques mots de créole qui nous fait rire. Ils sont bronzés, en forme, et beaucoup plus autonomes qu’en France.
Budget mensuel stabilisé (famille de 4) :
- Loyer : 55 000 MUR
- École (lissé sur 12 mois) : 58 000 MUR
- Alimentation et courses : 25 000 MUR
- Voiture (essence, assurance, entretien) : 8 000 MUR
- Internet + mobiles : 2 500 MUR
- Électricité + eau : 4 000 MUR
- Assurance santé (lissée) : 15 000 MUR
- Sorties, restaurants, loisirs : 12 000 MUR
- Divers et imprévus : 8 000 MUR
Total : environ 187 500 MUR, soit 3 750 € par mois.
C’est plus que ce qu’on dépensait à Toulouse (hors remboursement du prêt immobilier), surtout à cause de l’école. Mais Julien gagne son salaire français, et Sophie a gardé ses clients. Financièrement, ça tient.
Mois 9-10 : les questions de fond
Le Premium Visa expire dans trois mois. Il faut décider : on reste ou on rentre ?
Julien penche pour rester. Il négocie avec son employeur un passage en Occupation Permit professionnel. Le processus est lancé via la plateforme NELS de l’EDB, avec l’aide d’un cabinet spécialisé (honoraires : 80 000 MUR).
Sophie hésite. Sa mère à Toulouse lui manque. Les hivers mauriciens (juin-septembre) ne l’enthousiasment pas : elle a trouvé l’hiver austral plus froid et plus venteux que prévu. Et la question de la scolarité à long terme la travaille : les écoles internationales sont bonnes pour le primaire, mais le secondaire coûte encore plus cher, et les options de lycée français sont limitées.
On passe deux semaines à en discuter. On fait des tableurs. On consulte un fiscaliste sur les implications d’un changement de résidence fiscale.
Mois 11-12 : la décision
On reste. Pas par défaut, mais par choix délibéré.
Les raisons qui pèsent :
- Les enfants sont épanouis, vraiment. Ce n’est pas un argument marketing, c’est ce qu’on voit tous les jours
- La qualité de vie au quotidien : pas de métro bondé, pas de grisaille de novembre, pas de stress urbain
- La sécurité. Les enfants jouent dehors sans qu’on flippe
- La fiscalité, oui, mais ce n’est pas la raison principale. C’est un bonus
Les compromis qu’on accepte :
- Un aller-retour en France par an pour voir la famille (budget : 4 000-5 000 € pour quatre)
- Un niveau de soins médicaux qui nécessite une bonne assurance et parfois un déplacement à l’étranger
- L’éloignement géographique, qui pèse quand quelqu’un tombe malade en France
- Le coût de l’école, qui grève sérieusement le budget
Ce qu’on ferait différemment
Venir en repérage d’abord. On aurait dû passer un mois à Maurice avant de tout plaquer. Visiter les écoles, les quartiers, les supermarchés. Pas juste les plages.
Apporter moins, acheter plus sur place. Le container nous a coûté cher et la moitié de nos meubles ne correspondait pas à la maison qu’on a trouvée. Les meubles de base se trouvent à Maurice (Jumbo, Courts) pour pas trop cher.
Anticiper la voiture. Deux mois sans véhicule propre, c’est long. Commander en ligne depuis la France sur les sites mauriciens de vente de voitures d’occasion, c’est possible.
Prévoir un budget d’installation conséquent. On avait mis 10 000 € de côté pour la transition. Il en a fallu presque 15 000 €. Prévoyez large.
Investir dans les liens sociaux dès le premier mois. Ne pas attendre d’être installé pour sortir, rencontrer, participer. C’est le réseau social qui fait tenir une expatriation, pas le soleil.
Un an plus tard
Léo a 10 ans et il sait nager en pleine mer. Clara dessine des poissons tropicaux dans tous ses cahiers. Sophie a trouvé deux clientes mauriciennes en plus de ses clients français. Julien fait ses réunions pieds nus sur la terrasse.
On ne regrette rien. Mais on ne fait pas semblant non plus : il y a des jours difficiles, des moments de doute, et un coût de la vie qui demande de la rigueur budgétaire.
Maurice n’est pas un paradis. C’est un pays, avec ses qualités et ses défauts. Mais c’est un pays où notre famille a trouvé un équilibre qu’on n’avait plus en France. Et ça, ça n’a pas de prix. Ou plutôt si : environ 3 750 € par mois.
