Témoignage : retraité français à Maurice, bilan après 3 ans

Trois ans à Maurice en tant que retraité : le bilan sans concession

Ce témoignage est fictif mais construit à partir de dizaines de récits réels de retraités français installés à Maurice. Les montants, les galères et les bonnes surprises sont authentiques.

Qui je suis

Bernard, 64 ans. Ancien directeur technique dans une PME industrielle en Rhône-Alpes. Retraite anticipée à 61 ans. Divorcé, enfants adultes (un à Lyon, une à Montréal). Arrivé à Maurice en mars 2023 avec un permis retraité (Retired Non-Citizen Permit) et la ferme intention de ne plus jamais gratter un pare-brise en janvier.

J’avais fait deux séjours de vacances à Maurice avant de m’installer : une semaine en 2019, deux semaines en 2022. Je pensais connaître l’île. Je ne connaissais que ses hôtels.

Le permis retraité : les conditions réelles

Pour obtenir le Retired Non-Citizen Permit, il faut :

  • Avoir plus de 50 ans
  • Transférer au minimum 18 000 USD (environ 16 500 €) par an sur un compte bancaire mauricien
  • Détenir une assurance santé valide

Le permis est délivré pour 10 ans, renouvelable. Après 5 ans de résidence continue, on peut demander le Permanent Residence Permit (PRP) de 20 ans.

La procédure a pris environ six semaines pour moi, avec l’aide d’un cabinet local. Sans cabinet, j’aurais probablement abandonné face aux allers-retours de documents entre l’EDB et mon notaire français. Coût du cabinet : 60 000 MUR (environ 1 200 €).

Le choix du lieu : Pereybère, pas Grand-Baie

Grand-Baie, c’est le réflexe des Français. Mais c’est aussi le bruit, les embouteillages et les prix gonflés. J’ai choisi Pereybère, à cinq minutes au nord : plus calme, plus authentique, et 20 % moins cher en loyer.

Mon appartement : deux chambres, meublé, à 600 mètres de la plage. Loyer : 28 000 MUR par mois (environ 560 €). Pas de piscine, mais avec la mer à côté, ce n’est pas un manque.

Mon budget réel : année par année

Année 1 (2023-2024)

L’année de l’installation. Tout coûte plus cher parce qu’on ne connaît pas encore les bons plans.

  • Loyer : 28 000 MUR/mois (336 000 MUR/an)
  • Alimentation : 18 000 MUR/mois (dont restaurant deux fois par semaine)
  • Voiture d’occasion (Toyota Yaris 2016) : 380 000 MUR à l’achat
  • Essence + assurance auto : 5 500 MUR/mois
  • Assurance santé (Allianz Worldwide) : 45 000 MUR/mois (540 000 MUR/an). C’est le poste qui m’a le plus choqué
  • Électricité + eau : 3 500 MUR/mois
  • Internet + mobile : 1 800 MUR/mois
  • Loisirs (golf, sorties, plongée) : 10 000 MUR/mois
  • Divers : 5 000 MUR/mois

Total année 1 : environ 1 850 000 MUR, soit 37 000 € (plus l’achat de la voiture).

Année 2 (2024-2025)

On apprend à vivre mieux pour moins cher.

  • J’ai changé d’assurance santé pour une couverture locale moins chère chez Swan Insurance : 22 000 MUR/mois, avec une franchise plus élevée. Pour les gros pépins, je rentre en France avec ma carte Vitale (qui reste valable pour les soins ponctuels)
  • Je fais mes courses au marché de Goodlands le mardi et au Super U pour le reste. Budget alimentation réduit à 14 000 MUR/mois
  • J’ai trouvé un club de pétanque avec des Mauriciens. Gratuit et socialement irremplaçable

Total année 2 : environ 1 450 000 MUR, soit 29 000 €.

Année 3 (2025-2026)

Le rythme de croisière. Mais l’inflation mauricienne est passée par là.

  • Le loyer a augmenté à 32 000 MUR (le propriétaire a ajusté « à cause des charges »)
  • Les prix alimentaires ont grimpé de 15 à 20 % en trois ans
  • L’assurance santé a aussi augmenté

Total année 3 : environ 1 550 000 MUR, soit 31 000 €.

Mes revenus : comment ça s’articule

Ma retraite CNAV + AGIRC-ARRCO : 2 800 € net par mois. C’est au-dessus du transfert minimum requis (18 000 USD/an ≈ 1 375 €/mois).

Côté fiscal, la situation est claire grâce à la convention France-Maurice :

  • Ma pension de retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO) est imposable à Maurice si j’y suis résident fiscal. Avec les barèmes progressifs de 0 %, 10 % et 20 % (depuis le Finance Act 2025), je paie nettement moins qu’en France
  • Ma pension de base de la Sécurité sociale (CNAV) reste imposable en France
  • Pas d’impôt sur les plus-values à Maurice si je vends des actifs financiers
  • Pas de droits de succession : mes enfants hériteront sans ponction mauricienne

L’économie fiscale nette, une fois tout calculé : environ 4 000 à 5 000 € par an. Ce n’est pas le pactole que certains blogs promettent, mais c’est réel.

La santé à 64 ans : le sujet qui fâche

À 60 ans passés, la santé n’est plus un détail. C’est le facteur numéro un qui peut faire capoter une expatriation.

Ma première année, tout va bien. Je nage, je marche, je mange mieux qu’en France (moins de fromage, plus de poisson frais). Je perds cinq kilos.

Deuxième année, une alerte : douleur thoracique un dimanche soir. Aux urgences de la clinique C-Care à Grand-Baie, prise en charge rapide, ECG, analyses sanguines. Verdict : intercostal, pas cardiaque. Facture : 18 000 MUR (360 €). Remboursé par l’assurance en trois semaines.

Ce que cette expérience m’a appris : le système privé à Maurice fonctionne correctement pour les urgences et les pathologies courantes. Pour la cardiologie avancée, l’oncologie ou la chirurgie complexe, la situation est plus nuancée. La clinique Wellkin à Moka a relevé le niveau, mais pour certains actes, l’Afrique du Sud ou la France restent préférables.

Mon conseil : gardez votre carte Vitale active (si vous conservez un lien fiscal avec la France via la CNAV, c’est possible). Et prévoyez un billet d’avion retour dans votre budget santé annuel.

La vie sociale d’un retraité seul à Maurice

C’est le point le plus délicat. En couple, l’expatriation est un projet partagé. Seul, c’est un pari.

Les trois premiers mois, je fréquente surtout des Français. Apéros chez les uns, restaurants chez les autres. C’est convivial mais superficiel : on parle de la France, on compare les prix, on se plaint de la même administration.

Le tournant vient quand je m’inscris au club de pétanque de Pereybère, fréquenté à 80 % par des Mauriciens. Les parties du dimanche matin deviennent mon rendez-vous social principal. On parle créole (j’apprends sur le tas), on boit du thé, on refait le monde. C’est là que je me suis fait de vrais amis.

J’ai aussi rejoint un groupe de marche qui fait les sentiers de l’île le samedi : Le Morne, le Pouce, la Montagne du Rempart. Bon pour le corps, bon pour le moral, bon pour les rencontres.

Ce que j’aurais dû faire plus tôt : apprendre quelques mots de créole. Rien de fluide, juste « ki manyer », « bien mersi », « ou kapav bes pri ? ». Les Mauriciens apprécient l’effort et ça change la nature de la relation.

Ce qui me manque de France

  • Les librairies. Il n’y a quasiment pas de librairies françaises à Maurice. Je commande en ligne, mais les frais de port vers Maurice sont prohibitifs. La liseuse est devenue ma meilleure amie
  • Le fromage, évidemment. On en trouve, mais cher et souvent décevant
  • Le système de santé. Même avec ses défauts, la Sécu + le médecin traitant + la pharmacie de quartier, c’est un confort qu’on mesure quand on ne l’a plus
  • La culture : cinémas, musées, expos. Maurice progresse (le Caudan Arts Centre à Port-Louis, quelques galeries), mais on est loin d’une ville française moyenne
  • Mes enfants. C’est bête à dire, mais un appel FaceTime ne remplace pas un dimanche déjeuner

Ce que Maurice m’a apporté

  • Du temps. C’est le luxe suprême. À Maurice, les journées sont longues, le rythme est lent, et personne ne vous regarde de travers si vous lisez un bouquin sur la plage à 10h un mardi
  • Une santé physique meilleure qu’à 58 ans. La natation quotidienne et l’alimentation locale y sont pour beaucoup
  • Une ouverture culturelle. Vivre dans un pays où coexistent hindouisme, islam, christianisme, bouddhisme, et créolité, c’est une éducation permanente. Les fêtes religieuses rythment l’année : Divali, Eid, Cavadee, Nouvel An chinois
  • Une simplicité. Moins de bruit, moins de consommation, moins de pression sociale. Mon appartement fait 70 m², j’avais 140 m² en France. Je n’ai besoin de rien de plus

Le bilan financier sur 3 ans

Dépenses totales (installation + 3 ans de vie courante) : environ 110 000 €

En France, mon train de vie équivalent (loyer dans une ville moyenne, voiture, loisirs modestes, impôts) aurait coûté environ 105 000 à 115 000 € sur la même période. L’économie nette est donc marginale.

Mais le calcul ne se fait pas uniquement en euros. Le coût de la vie à Maurice achète autre chose : de l’espace, du climat, du temps, et une certaine liberté.

Est-ce que je recommande ?

Oui, mais avec des conditions :

  • Venez d’abord en repérage, un mois minimum, hors vacances. Vivez comme un résident, pas comme un touriste
  • Ayez au moins 2 500 € net de retraite. En dessous, c’est serré, surtout avec l’assurance santé
  • Ne venez pas pour fuir. La solitude qu’on fuit en France nous retrouve à Maurice. L’isolement géographique l’amplifie même. Venez parce que vous êtes attiré par quelque chose, pas parce que vous fuyez quelque chose
  • Gardez un pied en France : carte Vitale, adresse administrative, compte bancaire. La flexibilité de pouvoir rentrer sans tout recommencer, c’est une assurance vie psychologique
  • Investissez dans les liens locaux. Les Mauriciens sont accueillants si vous faites l’effort. Restez dans la bulle expat et vous passerez à côté de l’essentiel

Trois ans après, je ne regrette rien. Mais je sais aussi que Maurice n’est pas éternel pour moi. À 70 ou 75 ans, la question de la proximité médicale et familiale se reposera. Pour l’instant, chaque matin à 6h30, je nage dans une eau à 26 °C avec le soleil qui monte derrière les filaos. Et ça, ça vaut tous les bilans comptables du monde.